Un récit, un auteur...


Antonin Artaud "Van Gogh le suicidé de la société"

Dans Van Gogh le suicidé de la société, publié en1947, quelques mois avant sa mort, Antonin Artaud rend au peintre un éblouissant hommage. Non, Van Gogh n’était pas fou, martèle-t-il, ou alors il l’était au sens de cette authentique aliénation dont la société et les psychiatres ne veulent rien savoir… « Mais quelle garantie les aliénés évidents de ce monde ont-ils d’être soignés par d’authentiques vivants ? »

Corinna Bille "Emerentia 1713"

Emerentia 1713 raconte l’histoire de la petite Emerentia, une enfant maltraitée parce qu’elle est soupçonnée de sorcellerie. Contrebalançant cette sombre destinée éclate la magique nature du valais, d’une fraîcheur et d’une sauvagerie antédiluvienne que la plume de Corinna Bille semble être la seule à pouvoir évoquer avec autant de ferveur.

Corinna Bille "A pied, du Rhône à la Maggia"

A pied du Rhône à la Maggia, c’est Corrina Bille devenue son propre personnage qui marche, monte d’une vallée jusqu’à un col pour descendre sur une autre vallée, du Valais au Tessin, pendant l’été 1954, en compagnie de son époux, Maurice Chappaz, familier des passages entre la Suisse et l’Italie par les glaciers et les alpages. Elle marche avec la patience et la vigilante attention qui mûrira ses œuvres.

Nicolas Bouvier "L’usage du monde"

L’usage du monde est un récit de voyage qui dura 17 mois au début des années 50 de Yougoslavie à l’Afghanistan. Il a inspiré de nombreux voyageurs, d’écrivains, de chasseurs d’images, de rêveurs de toute espèce…

Raphy Buttet "Oiseaux de passage"

Né à Monthey en 1955, agriculteur, puis infirmier en psychiatrie, l’auteur mène actuellement de front une carrière de viticulteur et un commerce de vins tout en s’adonnant avec passion à l’écriture et à la sculpture. Oiseaux de passage est son deuxième roman.
« Si à l’aube de ce XXIème siècle, vous vous promenez dans le marais des Grangettes près du Bouveret, vous croiserez peut-être une dame d’un certain âge, aux longs cheveux gris et chaussée de bottes crottées. Observez son visage. Sa peau est d’une étrange jeunesse. C’est Marta Pascal, sculpteur. »

Henry Calet "Rêver à la Suisse"

Henry Calet a l’art incomparable de cadencer ses phrases au rythme du regard qui s’accroche aux choses, regard à la fois malicieux et impertinent, mais sage aussi. Henri Calet, de ce discours du réel, sait tirer une manière de philosophie, de morale.
C’est, à l’égard de la Suisse qui est le sujet de ce livre, un acte d’amour, si l’on en croit son préfacier Jean Paulhan. Voyageur hors normes, Henri Calet nous donne plus qu’un simple journal de voyage : un carnet de route qui recompose les vrais rapports que l’on peut avoir avec le monde.

Maxence Fermine "Neige"

Récit initiatique

A la fin du XIXème siècle, au japon, le jeune Yuko s’adonne à l’art difficile du haïku. Afin de parfaire sa maîtrise, il décide de se rendre dans le sud du pays, auprès d’un maître. Au cours de son voyage dans les montagnes, le jeune homme découvre une femme ensevelie sous la glace…

Peter Handke "La femme gauchère"

« Sans raison », sans récrimination ni reproche, sous le coup d’une illumination qu’elle n’expliquera pas, et ne s’explique sans doute pas elle-même, mais à laquelle elle a le courage d’obéir, la femme de ce récit demande à son mari de s’en aller, de la laisser seule avec son fils de huit ans. La voici désormais, « libre ».

Agota Kristof "L’Analphabète"

Agota Kristof est née en 1935 en Hongrie, à Csikvand. Elle arrive en Suisse en 1956, où elle travaille en usine. Puis elle apprend le français et écrit pour le théâtre.

Onze chapitres pour onze moments de sa vie, de la petite fille qui dévore les livres en Hongrie à l’écriture des premiers romans en français. L’enfance heureuse, la pauvreté après la guerre, les années de solitude en internat, la mort de Staline, la langue maternelle et les langues ennemies que sont l’allemand et le russe, la fuite en Autriche et l’arrivée à Lausanne, avec son bébé.
Ces histoires ne sont pas tristes, mais cocasses. Phrases courtes, mot juste, lucidité carrée, humour, le monde d’Agota Kristof est bien là, dans son récit de vie et dans ses romans.

Jacques Lacarrière "Le pays sous l’écorce"

J’approchai l’arbre vers le soir et d’emblée je le reconnus, inchangé malgré les années. Si les arbres vieillissent autrement que les hommes, c’est qu’ils ont autre chose à nous dire. Sur son tronc, la peau s’écaillait par endroits livrant à l’air la chair à vif. J’écoutai longtemps ce silence. Puis je fermai les yeux et me glissai sous l’écorce…

Laure "Ecrits"

Laure n’est autre que Colette Peignot, compagne de Georges Bataille mais surtout écrivain de génie dans les années qui précédèrent la dernière guerre. Elle mourut en 1938, à 35 ans.
Ses écrits entièrement autobiographiques nous dévoilent une vie brûlée par sa quête de vérité, d’authenticité.
Nous ne pouvons qu’être touchés par cet accord parfait d’une écriture et d’un auteur, par ces cris qui semblent être jetés pour sa survie et son déchirement.

Rosa Luxembourg "Lettres de prison"

Parce qu’elle s’est opposée à l’entrée en guerre de son pays d’adoption, l’Allemagne, Rosa Luxembourg est emprisonnée en février 1915, à l’âge de 44 ans. Elle sera libérée en novembre 1918. Elle écrivit de nombreuses lettres en prison.
« Rosa Luxembourg disait qu’elle considérait la prison comme une chose banale pour un combattant de la liberté et qu’entrer et sortir de ces murs n’était pas un événement. En revanche, ce qui relève presque du surhumain, pour moi, c’est cette capacité à résister au désespoir et à la colère pendant ces années de prison alors qu’au-dehors, la fureur gronde. Le monde n’a pas eu raison d’elle et les murs n’ont pas eu raison de la résistance de sa pensée. Cette résistance-là me bouleverse, elle me donne envie de vivre »
Anouck Grinberg

Herman Melville "Batleby"

Herman Melville, auteur du célèbre « Moby Dick ».
Le récit de « Bartleby » nous plonge dans un tout autre univers. Nous sommes ici dans les méandres de la conscience d’un homme de loi new-yorkais du 19ème siècle, qui ma foi ne trouve rien dans ses textes pour se dépêtrer d’une situation embarrassante, mais au contraire semble trouver une sorte de délice à se laisser envahir… Et l’étrange scribe Bartleby va devenir au fil du temps la bonne et la mauvaise conscience de ce conseiller à la cour de la Chancellerie, sans que le scribe ne dévoile rien de son mystère…Un bref mais étonnant voyage dans l’âme humaine.

Alice Rivaz "La paix des ruches"

Ancrée dans la réalité de Suisse romande, l’œuvre d’Alice Rivaz offre le reflet de préoccupations auxquelles la littérature de ce pays a longtemps accordé peu d’attention : le sort des êtres marginalisés par la société, la complexité des rapports dans le monde du travail, la place des femmes dans la littérature, la solitude de ceux qui appartiennent à des minorités. Sans doute son milieu familial aussi bien que celui dans lequel la romancière a exercé son activité professionnelle ont-ils déterminé ses prises de position.
Vctimes de leurs propres faiblesses aussi bien que de la société, les héros d’Alice rivaz ne sont pas des révoétés, il leur manque le courage de la rébellion ; jamais résignés cependant, ils tirent de leur souffrance la force de continuer et perdent rarement complètement espoiur. Ces expériences de solitude et d’incompréhension se retrouvent dans les deux romans de la « prmière période » de l’écrivain, Comme le sable (1946) et La Paix des ruches (1947), qui introduisent dans la littérature romande le monde des bureaux et des femmes qui y travaillent.